Investir plus face à la neige ? Coûteux et pas forcément utile

Publié le 9 février 2018 à 10h38 - par

Faut-il investir plus pour éviter la pagaille sur les routes ? La question se pose à chaque épisode neigeux en Île-de-France mais le caractère exceptionnel de ces phénomènes et le niveau d’équipement actuel rendent inutiles ces coûteux investissements, s’accordent à dire les collectivités.

Investir plus face à la neige ? Coûteux et pas forcément utile

« 12 centimètres en 24 heures, on n’avait pas vu ça depuis 1987. Mais clairement, on n’a aucun intérêt à investir en masse dans des véhicules spécialisés » qui seraient utilisés très épisodiquement, tranche la ville de Paris, qui estime être « bien équipée ». Un camion chasse-neige neuf coûte ainsi plus de 100 000 euros, le prix d’une simple lame s’élevant à plusieurs milliers d’euros.

L’épisode neigeux de ces derniers jours a perturbé les transports en commun franciliens, et la route nationale 118, traditionnel point noir dans la région en pareille situation, a encore fait la une des journaux lorsque 1 500 à 2 000 automobilistes sont restés bloqués mardi 6 février au soir au sud-ouest de Paris.

Les Républicains ont fustigé le « manque d’anticipation » du gouvernement, quand le porte-parole de ce dernier, Benjamin Griveaux, assurait que face à cette « situation exceptionnelle », des « moyens exceptionnels » étaient engagés.

L’État dispose déjà de « moyens très importants sur tout le territoire », fait-on valoir au ministère des Transports, avec en particulier 73 camions équipés de lames de déneigement et de saleuses en Île-de-France, sans compter ceux des sociétés d’autoroutes.

Et la circulation des poids-lourds a été interdite pour des raisons de sécurité et afin de réduire le trafic.

Même discours à la SNCF, « déjà pas mal équipée » selon un porte-parole : la compagnie dispose de chasse-neige prépositionnés sur le réseau et s’équipe progressivement en engins « racleurs » pour éviter que les caténaires ne gèlent.

Dans Paris intra-muros, 34 saleuses tournent depuis lundi 5 février au soir, en priorité sur les grands axes comme les grands boulevards et sur le périphérique, et 200 agents sont mobilisés nuit et jour. 200 à 250 tonnes de sel sont déversées chaque demie journée.

Résultat, « aujourd’hui, une rue sur deux est salée », se félicitait-on jeudi 8 février à la mairie, en expliquant que les automobilistes font aussi sans le savoir une part du travail : leurs véhicules disséminent à travers la ville le sel qui adhère à leurs pneus.

« Information dysfonctionnelle »

Dans la commune de Bussy-Saint-Georges en Seine-et-Marne, 30 000 habitants et 80 kilomètres de routes, le maire Yann Dubosc considère aussi que « l’investissement est déjà maximum » : 20 à 30 personnes, qu’il faudra rémunérer en conséquence, deux saleuses-déneigeuses et des quads, sont mobilisés jour et nuit.

« La plupart des communes ont ce type de matériel », explique-t-il. Mais il reconnaît que si l’épisode dure et s’aggrave, il ne pourra pas mettre de moyens humains supplémentaires : « Les agents sont très fatigués ».

Les petites communes, elles, ne peuvent pas s’offrir d’engins déneigeurs. Même amorti sur plusieurs années, leur coût de 70 000 à 100 000 euros selon M. Dubosc reste une charge trop importante pour elles.

C’est donc la solidarité qui joue : les déneigeuses des communes voisines plus grandes peuvent parfois poursuivre leur travail au-delà des limites de la commune pour dégager les routes des villages.

Mais outre les moyens matériels et humains, c’est bien l’organisation et l’information des usagers qui gagneraient selon certains à être renforcées.

« Ce n’est pas forcément une question de moyens, mais de coordination et d’aide à la décision. Se retrouver bloqué sur des voiries d’État ou départementales est inadmissible car on est prévenu, et on sait gérer en principe car on a le matériel », estime Yann Dubosc.

Valérie Pécresse, la présidente LR de la région Île-de-France, a, elle, reconnu jeudi 8 février que l’information était le « gros point noir ».

« À l’heure de l’internet, à l’heure du digital, c’est un sujet sur lequel il faut que nous soyons beaucoup plus exigeants », a-t-elle estimé, évoquant une « information voyageurs totalement dysfonctionnelle » ces derniers jours et invitant en particulier la SNCF à « mettre les bouchées doubles » en la matière.

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