La gestion de crise pendant la première phase de déconfinement : le projet des « plages dynamiques » à Saint-Jean-de-Monts

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Tous les jeudi nous partageons avec vous des initiatives de partenaires, de collectivités et d’agents. Aujourd’hui, nous vous proposons un temps d’arrêt sur l’action des communes côtières pour la réouverture des plages lors de la phase 1 du déconfinement, du 11 mai au 2 juin 2020.

Le passage à la première phase du déconfinement pose de nouveau enjeux

Le 11 mai 2020 restera, pour nous toutes et tous, une date gravée dans nos mémoires de confiné.e.s. Celle qui marqua le premier jour officiel de déconfinement en France.

Pourtant, le 11 mai n’a pas été synonyme de « libération », puisqu’il a fallu continuer à vivre aux croisements de restrictions, qui ont caractérisé une nouvelle étape dans la gestion de la crise sanitaire.

Les communes ont dû réagir en quelques jours

Hervé Ravel, DGS de la ville de Saint-Jean-de-Monts
Hervé Ravel

Comme le souligne Hervé Ravel, DGS de la ville de Saint-Jean-de-Monts, « on a senti comme une perte de sens dans le passage de la phase de confinement, organisée autour de la priorité santé publique, à la phase 1 du déconfinement qui répondait clairement davantage à des considération économiques ».

Pourtant la même créativité et réactivité du service public a été attendue et nécessaire.

Ainsi, le 11 mai 2020, lors d’une intervention télévisée, le Premier ministre annonçait que les plages pouvaient être rouvertes au public sous réserve de l’accord du préfet. Souvenons-nous de l’intervention des nombreux élus en faveur de la réouverture des plages, alors qu’il était prévu que celles-ci restent fermées jusqu’au 1er juin (deuxième phase du déconfinement).

Le concept de « plage dynamique » comme solution transitoire

Des élus ont alors mis en avant le concept de “plage dynamique” qui a été mis en œuvre pendant le confinement en Australie et au Brésil. L’idée est d’offrir un accès à l’eau et aux plages pour pratiquer des activités nautiques et sportives pour faire des plages des lieux de passage plutôt que des zones de rassemblements. Portée par les fédérations sportives, dont la Fédération Française de Surf, la « plage dynamique » est présentée comme une solution transitoire jusque-là deuxième phase du déconfinement. Elle permet d’avoir accès aux plages et à l’eau tout en respectant les consignes sanitaires et la distanciation physique, en évitant les regroupement liées à l’afflux potentiel de vacanciers et en permettant à la population de pouvoir profiter des grands espaces ouverts naturels que constituent les plages ainsi que la mer ou l’océan. En effet, les plages dynamiques et actives permettent l’accès aux plages à la condition d’être en situation de mouvement (baignade, pêche, certaines activités sportives).

Hervé Ravel, raconte ici son expérience. En tant que DGS, il a dû appliquer ce concept dans sa commune et ce dans un délai extrêmement court. Suite à l’annonce du Premier ministre, à l’approche des deux ponts et face à la demande de la population locale, le maire a demandé à Hervé Ravel de monter au plus vite le dossier afin qu’une ouverture des plages soit possible le 16 mai.

Comme pendant le confinement la forte mobilisation du réseau des acteurs publics sur la commune et le dialogue entre organisations publiques ont été au cœur. « Nous avons fait le choix d’agir en mode projet, en nous inspirant de la méthode utilisée pour la conduite d’un projet type équipement sportif mais en un temps en très très raccourci ! » explique Hervé Ravel.

Il a donc fallu mobiliser toutes les compétences disponibles pour finaliser le dossier. Le responsable des sports (disposant d’un réseau étendu dans le milieu sportif et aquatique), le directeur des services techniques par intérim (car le DST était en arrêt maladie), la responsable de la base nautique (gérée par une SEM) et la directrice de service en charge des affaires juridiques (incluant la gestion de la plage). Il a fallu dresser une cartographie des activités et ensuite établir un règlement pouvant être intégré à l’arrêté préfectoral. Les éducateurs sportifs de la ville et de la base nautique (sans activité pendant le confinement) ont contribué au montage du projet et à sa mise en œuvre concrète (en tant que médiateurs sur la plage). En parallèle, une communication appropriée a été mise en place avec le chargé de communication.

Le dossier a été adressé au préfet le 13 mai au soir. Ce dernier a donné son accord le 14 mai. Les maires du littoral, soutenus par le député ont joué un rôle de lobbying auprès du préfet mais les contacts fréquents que la commune a avec le préfet sur d’autres dossiers ont également facilité la concertation sur ce dossier.

Les questions que cela pose

L’opération fut un succès et le retour des habitants positifs. Hervé Ravel retient l’effort et la mobilisation intense demandée aux acteurs impliqués, sur quelques jours et au sortir du confinement. Ce d’autant plus que le cadre du déconfinement était peu clair et difficile à mettre en place, notamment du fait des interrogations que ce type de projet ouvrait en termes de libertés publiques.

Séverine Bellina et Hugues Perinel, Réseau service public

Sur ce dernier point, et pour aller plus loin, nous vous invitons à lire l’article suivant « Bien commun et « plages dynamiques », l’impossible mariage » qui interroge les conflits d’usage que suscite le maintien des arrêtés instaurant les plages dynamiques avec la troisième phase du confinement.

De facto, ces arrêtés créent une situation d’usage privilégié d’un bien commun, les plages, au profit de certaines catégories de population et au détriment d’autres.

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