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Recrutements dans la territoriale : de l’urgence à agir et s’adapter

Publié le 10 octobre 2022 à 9h01, mis à jour le 10 octobre 2022 à 9h01 - par

La Fonction publique territoriale (FPT) n’échappe pas aux actuels problèmes de recrutement. La tension du marché de l’emploi affecte d’ailleurs autant le public, dans les trois versants, que le privé, mais se trouve accentuée dans la territoriale. Au-delà de la compréhension des raisons, des évolutions et des attentes des candidats, tout l’enjeu réside également dans l’adaptation des employeurs pour initier des initiatives et non pas subir.

Recrutements dans la territoriale : de l'urgence à agir et s'adapter

À l’instar de nombreux secteurs d’activités, la fonction publique territoriale n’échappe pas aux difficultés de recrutement et d’attractivité. Pire, elles se sont même accentuées ces dernières années. « Aujourd’hui, il y a une tension sur toutes les catégories. Si nous ne proposons pas des contrats de 35h, nous n’avons pas de candidats, commente Chantal Gantch, maire de Savignac de L’Isle, vice-présidente RH de la Communauté d’agglomération du Libournais, membre du CDG33, Vice-Présidente de l’Association des Maires Ruraux de France (AMRF) 33 et représentante AMRF au collège employeur du CSFPT.

« Nous sommes au pied du mur et la concurrence avec le privé est compliquée. » Chantal Gantch

Secrétaires de mairie, animateurs, auxiliaires de vie… Beaucoup de métiers sont actuellement en carence. « Certains services manquent de personnels et sont obligés, s’ils ne ferment tout simplement pas, de réduire leur activité. » Pour Tony Brando, élève directeur d’hôpital, intervenant Transformation et vice-président de FP21, Fonction publique du 21e siècle (en charge de la démarche Mentors FP21 sur le sujet des primo-arrivants) : « nous sommes au pied du mur. Et la concurrence avec le privé est compliquée. Nous ne sommes pas sur les mêmes niveaux de rémunération. Sur les métiers de l’informatique et du médico-social, nous n’arrivons pas suivre… Et puis, nous faisons face à un problème générationnel. À une époque, les personnes rentraient dans la fonction publique territoriale et y faisaient carrière. Aujourd’hui et prochainement, beaucoup de ces agents, cadres, partiront en retraite. Notamment près de 40 % des secrétaires de mairie… ».

Attractivité géographique et coût de la vie dans les grandes villes jouent également sur le recrutement. « Il y a aussi la problématique des mobilités, du transport. Se déplacer en zones rurales peut être compliqué et cher, pointe Chantal Gantch. Dans ma région, les loyers sont également élevés et obligent les agents à s’éloigner de leur lieu travail… »

« La crise est générale (…) le nombre de candidats aux concours fond comme neige au soleil depuis une quinzaine d’années. » Tony Brando

Concours, méconnaissance et clichés

Autre problématique pointée du doigt par les employeurs et les institutions : la méconnaissance de la fonction publique. Celle-ci pâtit en effet d’un déficit d’image et de communication sur la diversité de ses métiers. « La crise est générale. Que cela soit la fonction publique territoriale, d’État ou hospitalière. Le nombre de candidats aux concours fond comme neige au soleil depuis une quinzaine d’années. C’est d’autant plus inquiétant que les concours de la fonction publique territoriale sont, par ailleurs, plutôt méconnus. Il n’y a pas, contrairement à la fonction publique d’État, d’objets d’identification pour accéder à ses métiers, pointe Tony Brando. La nature des épreuves des concours n’est par ailleurs pas forcément adaptée aux compétences dont les collectivités territoriales ont besoin. Par exemple, concernant les attachés, les sujets relatifs au management sont peu nombreux. Pour les ingénieurs, il n’y a également pas de sujets sur l’IA et la data alors qu’ils sont d’actualités, d’avenir et développés dans les instances privées… » Et d’ajouter : « Il y a aussi une méconnaissance des règles statutaires. Certaines institutions de formation devraient porter l’idée que le statut de contractuel est plus avantageux, que l’on peut négocier son salaire, qu’il y a de la flexibilité, de la mobilité professionnelle et que les avantages sont nombreux. »

Rémunération insuffisante, quotidien peu épanouissant, évolution de carrière restreinte… Les métiers de la fonction territoriale souffrent, au contraire, des clichés qui lui collent à la peau. « Il existe un fonctionnaire bashing. À force de dire que les fonctionnaires sont payés à ne rien faire, les gens finissent par le croire… Nos agents font aussi face aux mécontentements des administrés, qui ne sont pas toujours tendres… »

Renouveler les perspectives

« Nous devons changer en nous ouvrant davantage. Et cela pour répondre aux modes, temps et rythmes de vie des personnes, affirme Chantal Gantch. Autres points à réviser : nos attentes et nos perceptions. Personnellement, je recrute des personnes selon leur savoir-être. Le savoir-faire peut, lui, toujours s’acquérir. Il faut aussi s’intéresser aux projets de carrière. La motivation, la dynamique, le projet professionnel, le parcours de formation… ces perspectives doivent constituer les agents qui feront les fonctions territoriales. »

Lancée il y a 3 ans, la plateforme « Place de l’emploi public » a été pensée pour regrouper et donc faciliter la recherche d’offres d’emploi des trois versants de la fonction publique. Selon un bilan que la Direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP) vient de publier, le site a diffusé pas moins de 253 000 offres d’emploi l’an dernier. Cela représente un résultat en hausse de 51 % par rapport à l’année 2020 (167 100 offres d’emploi). « Malheureusement, sa portée et son intérêt ne sont pas aussi impactants qu’espérés. Les retours que l’on peut avoir sur nos annonces, notamment publiées sur place-emploi-public-gouv.fr, c’est que les postes ouverts sont les trois quart du temps déjà pourvus en interne, développe Tony Brando. Il y a aussi tout ce découragement des gens qui répondent aux annonces, qui vont aux entretiens et qui se reçoivent des lettres de refus… »

Du recrutement passif au recrutement proactif, certaines institutions franchissent le pas et vont chercher les profils qui les intéressent. Tout en opérant un vrai travail sur leur identité et leurs atouts. « Dans la fonction publique hospitalière, le monde a changé. Les candidats ne s’attendent plus à candidater, mais à être chassés par un employeur. C’est une vraie mutation. Les enjeux de marque employeur sont devenus également cruciaux ; mais c’est compliqué d’expliquer cela à une commune de moins de 2 000 habitants. Nous avons enfin une vraie gestion de notre CVthèque où toutes les candidatures sont gardées, répertoriées car elles pourraient convenir à une prochaine offre. »

« Les collectivités pourraient être des centres de formation. Si nous voulons faire connaître nos métiers, prenons des apprentis ! » Chantal Gantch

Oser innover

Attentes, demandes, crise du Covid : les candidats envisagent différemment leur rapport à leur futur emploi. « Les jeunes sont toujours en quête de sens. Par contre, ils veulent une vraie qualité de vie au travail et un équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle, analyse Tony Brando. L’engagement aujourd’hui est moins altruiste qu’il ne pouvait l’être autrefois. »

« L’organisation du travail nécessite aussi de la flexibilité, complète Chantal Gantch. Nous devons permettre aux agents de coordonner leur temps de travail avec leur vie personnelle. Il y a des avancées. En particulier sur le télétravail. Mais aussi sur la confiance. Des nouvelles formes de management se dessinent dans lesquelles la transversalité, l’autonomie, la responsabilisation sont intégrées. Nous avons récemment fait une évaluation sur le télétravail dans les services. Résultat : la qualité de vie des agents et leur productivité sont meilleures que s’ils avaient été au bureau. »

Chantal Gantch milite ainsi pour que les collectivités territoriales soient le moteur du changement et qu’elles participent à l’intelligence collective. « Les collectivités pourraient être des centres de formation. Si nous voulons faire connaître nos métiers, prenons des apprentis ! donne par exemple l’élue. La libre administration permettrait aussi d’agir avec réactivité. Toutefois, une priorité est avant tout à mener. Celle des services ressources humaines. Ils coûtent de l’argent, mais ils n’en feront pas perdre. »

Pour les collectivités qui ne peuvent les développer, les centres de gestion assurent un vrai soutien et déploient même plusieurs solutions intéressantes. « Sur les territoires et secteurs en tension, nous voyons des employeurs publics se mettre en collaboration avec des centres de gestion et créer des formations diplômantes, pointe Tony Brando. Au pays de l’Adour, 4 centres de gestion et universités ont initié une formation diplômante de secrétaire de mairie. Dans les Yvelines, c’est une initiative similaire pour les juristes marché public à l’université de Saint-Quentin. »

Image et communication

Méthodologie design, qui prend en compte la considération des agents, des usagers. Analyse des remontées qui peuvent être formulées par les agents… Face à leurs problématiques, les 43 000 employeurs territoriaux en France développent de plus en plus des approches sur mesure. « Le sujet de la marque employeur apparait comme prépondérant. La réputation, qui est faite sur internet et les réseaux sociaux en particulier, est décisive, affirme Tony Brando. Intégrer la fonction publique ne va également pas de soi. On peut se sentir dépourvu quand on ne connait pas les règles et fonctionnements pour les primo-entrants. Le Département des Yvelines fait pour eux du e-learning. Ou des dispositifs de mentorat. Chez FP21, nous avons créé un dispositif qui s’appelle « mentor FP21 » qui met en relation un primo-entrant avec une personne de la même administration pour un accompagnement. »

Et si la communication était tout simplement un levier solide à actionner ? « Il y a un enjeu. Il faut faire connaître la territoriale et aider les personnes qui n’ont ni les codes, ni la connaissance des mécanismes internes à passer le pas et à candidater dans une collectivité », confirme Tony Brando.

« L’image, le partage des informations, les campagnes de promotion, la participation à des évènements emploi, la rencontre avec les étudiants… Oui, ce sont des solutions, soutient aussi Chantal Gantch. Mais nous devons aussi pouvoir payer les fonctionnaires. Et avec quelles recettes ? Nous voudrions faire plus, mais avec nos équilibres financiers, nous ne pouvons pas. À moins d’augmenter les impôts locaux… »

83 %

Soit le pourcentage de participants à la web-conférence qui affirment que le fonctionnement actuel et les règles statutaires de la fonction publique territoriale sont un frein en matière de recrutement.

 

Décryptage publié dans WEKA Le Mag n° 5 – septembre / octobre 2022
Rédaction Jérémy Paradis