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Arnaud Magloire : “La ville favorise la mise en réseau de pôles de compétitivité à échelle humaine” (2/2)

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Deuxième partie de notre entretien avec Arnaud Magloire, Maire de Sainte-Savine (10), commune de 11 000 habitants, autour des questions de développement économique à l'échelle locale, et notamment du rôle crucial des commerçants.
Arnaud Magloire : “Les communes ont encore de réelles marges de manœuvre en matière économique” (1/2)

Vous avez une politique volontariste de subventions aux associations. Est-ce un levier d’action pour soutenir l’économie de votre territoire dans le sens d’un développement économique plus durable ?

Outre la commande publique, les subventions locales peuvent également jouer un effet levier important sur le soutien aux opérateurs économiques et le développement de leurs territoires. Il ne faut en effet pas oublier que les associations sont considérées comme des entreprises par le droit de l’Union européenne, malgré leur caractère non lucratif. Quand on parle activités économiques en général, on pense spontanément plutôt aux entreprises du secteur commercial et pas forcément aux entités du secteur non lucratif. Mais à tort, car elles relèvent bien de la classification des entreprises du fait qu’elles dégagent des bénéfices. Leur différence avec les entreprises du secteur marchand tient simplement au fait qu’elles n’ont pas vocation à les redistribuer à des actionnaires sous forme de dividendes mais à les réinvestir dans leur fonctionnement. De ce fait, toutes les actions à destination du secteur associatif, sportif ou culturel, ont aussi une dimension économique : dans la mesure ou bien souvent ces associations sont porteuses d’emplois et contribuent au dynamisme du territoire. Les aider constitue donc bien un moyen de soutenir économiquement le développement communal. À terme, ce devrait même être un moyen de l’orienter dans le sens d’un développement plus durable.

Nous travaillons sur l’élaboration d’une grille d’analyse destinée à faciliter l’attribution des subventions aux associations de manière objective, selon les critères qu’on aura définis préalablement. Ceux-ci ont vocation à être connus de tous en amont, de façon à faire du fléchage des subventions un moyen d’orienter l’action des associations dans un sens conforme aux choix politiques de la commune. J’insiste sur cet aspect car il n’est pas question que les associations découvrent de nouveaux critères le jour où elles feront leur demande. Ceux-ci devront être élaborés préalablement de manière transparente. Ce sera à nous de dire pourquoi on les a mis en place, de façon à ce que les associations soient non seulement conscientes de leur existence mais qu’elles puissent éventuellement également adapter leurs propres stratégies de développement en conséquence. L’idée est concrètement de faire varier le taux de la subvention en fonction de la capacité des associations à s’inscrire dans les priorités du projet municipal.

On peut à ce titre imaginer de rajouter un item dans la notation en lien avec l’impact environnemental de leurs actions. De sorte, par exemple, que les associations soient les plus écoresponsables possibles dans la tenue de leurs manifestations pour celles qui en organisent. De ce point de vue, les subventions vont aussi être un moyen de faciliter la transition écologique du territoire dans les années à venir. Mais, je le redis, l’évolution se fera en douceur et de façon concertée. L’idée est pour nous d’être dans l’accompagnement. C’est pourquoi je suis très attaché à l’idée que les nouveaux critères devront être élaborés en toute transparence.

L’analyse est-elle transposable à ce qu’on appelle les aides économiques aux entreprises ?

L’analyse serait effectivement transposable à ces aides, puisque certains EPCI ont déjà créé des éco-conditionnalité pour leur versement. C’est quelque chose auquel on réfléchit dans le bloc communal dans lequel s’inscrit Sainte-Savine. On est encore en pleine écriture du projet de territoire mais la question de l’éco-conditionnalité d’un certain nombre d’aides aux entreprises est un sujet qui est sur la table, sachant qu’il faut ici partir de l’intercommunalité pour voir comment ces décisions rejaillissent sur l’échelle communale. L’échelle intercommunale est à notre niveau en charge d’une zone d’activité en partie sur le territoire communal. C’est donc notamment par ce biais que la communauté d’agglomération pourrait agir dans un sens plus favorable à l’environnement, sachant que les entreprises qui sont sensibles aux caractéristiques environnementales sont aussi le plus souvent celles qui sont sensibles aux caractéristiques sociales. Il y a bien sûr toujours des exceptions et il ne faut pas tomber dans le piège des généralités mais tout de même une tendance se dégage : les chefs d’entreprise conscients de leur environnement sont généralement sensibles à l’aspect social de leur action. Les élus du bloc communal ont donc tout intérêt, de mon point de vue, à chercher à attirer de telles entreprises sur le territoire de l’EPCI en jouant sur l’éco-conditionnalité des aides aux entreprises. Mon positionnement, en tant que maire, et membre du Conseil communautaire est donc d’être plutôt favorable à l’idée d’une telle éco-conditionnalité.

À l’échelle communale, nous avons conservé la main sur l’attribution des aides en matière d’investissement immobilier des entreprises et de location de terrains ou d’immeubles. Nous pouvons ainsi également agir par le biais du règlement communal dédié. Sa réforme est encore en cours de construction. Mais il est prévu d’agir par son intermédiaire, puisque nous sommes régulièrement contactés par des entreprises qui ont des projets d’installation en périphérie de la ville de Troyes.

Si leur venue peut être un plus pour l’économie du territoire, certaines activités posent problème pour l’environnement au sens large : outre les problèmes liés aux dégradations de l’habitat naturel, la venue de certaines peut être source de nuisance pour l’environnement de proximité en termes de voisinage par exemple. D’où les difficultés à trouver des lieux d’implantation adaptés pour répondre à ces demandes. J’ai en tête l’exemple d’une recyclerie : tout le monde est pour une telle activité, mais au final il n’y a pas beaucoup de gens qui veulent la voir s’installer près de chez eux, du fait des nuisances sonores qui peuvent en découler. Ici il convient de réfléchir, en concertation avec l’intercommunalité, sur la possibilité de recycler les friches industrielles existantes pour accueillir ce genre de demande. Je parle de l’EPCI car nous n’avons historiquement pas d’usines sur le territoire de Sainte-Savine, le cœur de notre économie étant lié aux commerces de proximité.

Vous nous dites que votre économie procède essentiellement du commerce de proximité. Est-ce pourquoi l’association des commerçants joue un rôle important dans votre projet de territoire ?

Outre l’aspect financier d’aide économique aux entreprises, on travaille en effet sur l’aspect RH d’accompagnement aux entreprises. Pour ce faire, nous avons procédé à une création de poste et recruté une personne en charge des relations avec les entreprises. Cette personne s’appuie dans son action sur l’association des commerçants que j’évoquais dont la création a été concomitante. Il n’y avait en effet plus d’associations des commerçants sur Sainte-Savine. Pour aider les commerçants à se structurer en association, on les a réunis et mis en relation avec d’autres associations de commerçants auprès desquelles ils ont pu se procurer des modèles de statuts. L’objectif est triple en termes de création d’emplois et de développement économique. Il s’agit d’abord bien sûr de connaître au plus près les attentes des commerçants pour pouvoir y répondre et les accompagner à titre individuel dans leur développement économique, dans la limite des compétences de la commune. Il nous arrive par exemple à ce titre d’agir avec l’association des commerçants pour co-construire certaines animations commerciales destinées à promouvoir les produits locaux ou pour améliorer l’immobilier commercial.

Mais il s’agit ensuite également d’encourager le développement de nouveaux partenariats entre professionnels, de façon à créer les synergies nécessaires à l’esprit d’innovation et à la création de nouvelles richesses. La ville joue un rôle de facilitateur, de mise en relation des entreprises de façon à encourager l’apparition de sortes de « clusters » ou, si vous préférez, de pôles de compétitivité à échelle humaine. Ce travail est important car sans lui les entreprises ont tendance à se regarder seulement comme des concurrentes, alors qu’elles sont parfois gagnantes à collaborer entre elles pour sortir de nouveaux produits ou proposer de nouveaux services.

Le support associatif joue enfin un rôle facilitant pour les demandes de subventions tout en permettant la réalisation d’économies d’échelle pour les commerçants : il est en effet plus simple d’organiser une formation en faisant venir quelqu’un à leur attention s’ils sont 10 ou 15 participants que si chaque commerçant doit tout seul dans son coin faire appel à une entreprise ou une structure d’appui pour sa formation.

La démocratie participative peut-elle être moteur d’innovation en la matière selon vous ? Avez-vous des premiers retours d’expériences à valoriser sur le sujet ?

Les retours, on ne les a pas encore totalement, mais on s’est fait élire sur la base d’une consultation accrue de la population sur les sujets identifiés comme sensibles ou structurants. Il ne s’agit bien sûr pas de solliciter les citoyens sur tout et n’importe quoi. Mais on s’est fait élire sur la conviction que les élus n’ont pas le monopole des bonnes idées et qu’il nous faut être ouvert aux propositions et aux idées des uns des uns des autres pour tirer profit de l’intelligence collective. Ce n’est toutefois pas le seul intérêt de la démocratie participative. Celle-ci n’est pas seulement un moyen de faire du citoyen un acteur du progrès, c’est aussi un moyen d’aider chacun à prendre conscience d’un certain nombre d’enjeux pour l’avenir, à commencer bien sûr par ceux du changement climatique ; de recréer du lien social et de renouer le lien de confiance qui doit unir les électeurs aux élus.

Une première initiative est en cours concernant le devenir du site de la piscine avec lequel la population a un lien affectif pour des raisons historiques. La piscine a dû fermer, pour des considérations techniques et financières. Mais nous avons la volonté de garder le site pour y faire un espace de vie. On a donc soumis la question à consultation en mettant une boîte à idées à disposition du public actuellement en cours de dépouillement.

Parallèlement, ou a aussi mis en place de manière concomitante un « labo citoyen ». C’est une instance de participation qui nous permettra de nous appuyer sur les habitants pour un certain nombre de décisions, par exemple pour lesquelles nous n’aurions pas été élus mais qui s’imposeraient à notre agenda par le jeu des circonstances.

Enfin, d’une certaine façon, l’association des commerçants est aussi une manière d’avoir un interlocuteur identifié avec qui faciliter les échanges, puisque ses membres sont représentatifs normalement de  l’ensemble des commerçants. Ce qui permet de passer de l’individuel au collectif plus aisément et facilite le consensus sur certains projets de première importance comme par exemple la conversion des petits commerces au numérique.

Propos recueillis par Fabien Bottini, consultant qualifié aux fonctions de Professeur des Universités