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Santé au travail : malgré des avancées, le chantier reste vaste dans la fonction publique

Publié le 21 octobre 2022 à 11h30 - par

Plan santé au travail, prise en charge d’une partie des cotisations aux mutuelles : malgré ces récentes avancées, la santé au travail reste insuffisamment prise en compte dans la fonction publique, selon une enquête publiée jeudi 20 octobre 2022.

Santé au travail : malgré des avancées, le chantier reste vaste dans la fonction publique

Près d’un agent public sur deux (45 %) considère que la santé et le bien-être au travail sont mal pris en  compte par leur employeur, d’après la dernière édition de l’Observatoire des fragilités sociales, réalisé par Harris Interactive pour la Mutualité Fonction publique (MFP).

Dans la fonction publique hospitalière, le pourcentage grimpe même à 55 %.

Cependant, depuis 2018, le pourcentage de salariés du public qui jugent la santé au travail bien prise en compte par leur employeur a progressé de dix points (53 % contre 43 %).

« L’État est capable d’imposer des règles au secteur privé mais ne s’occupe pas de lui-même », regrette le président de la MFP Serge Brichet.

Les personnes interrogées pour cette enquête, réalisée en ligne du 17 mai au 1er juin 2022 auprès de 1 502 agents publics, sont de fait plus nombreux qu’en 2021 à se dire régulièrement victimes de contraintes professionnelles, notamment physiques.

45 % d’entre eux restent ainsi régulièrement debout (+ 4 points depuis 2021), 29 % travaillent la nuit et/ou le weekend (+ 4), 23 % déplacent des charges lourdes (+ 3) et 22 % (+ 3) sont fréquemment victimes d’incivilités telles que des insultes ou agressions verbales.

Un tiers des fonctionnaires et contractuels interrogés affirment ressentir souvent des douleurs physiques liées à leur posture ou à leur position au travail.

« Les agents de la fonction publique hospitalière sont plus affectés par la pénibilité physique de leur travail au quotidien », tandis  que ceux de la fonction publique d’État souffrent davantage de l’ennui au travail, résument les auteurs de l’enquête.

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La hausse des contraintes professionnelles s’explique à la fois par « une augmentation de la charge de travail » et par un abaissement du « seuil de pénibilité acceptable » par les agents, juge le député Éric Poulliat (Renaissance), lui-même fonctionnaire territorial.

En outre, « aujourd’hui, ça n’est pas facile d’être face à  la population. Dans énormément de métiers de la fonction publique, plus personne ne veut travailler au contact du public », ajoute l’élu de Gironde.

Sans établir de lien explicite entre santé au travail et projets de reconversion, l’Observatoire souligne une hausse de deux points des intentions de quitter la fonction publique : 28 % des sondés disent que leur envie de continuer à exercer dans le public s’est « plutôt affaiblie » ces trois dernières années.

Un pourcentage qui bondit à 38 % dans la fonction publique hospitalière, en première ligne de la lutte contre le Covid-19.

Avec 5,7 millions d’agents, l’État, les collectivités et les hôpitaux emploient 20 % de la population active en France.

Le Gouvernement a adopté en mars le premier plan sur la santé au travail dans la fonction publique. À en croire l’enquête, il est cependant peu connu des agents, en particulier les moins qualifiés et ceux de la fonction publique hospitalière.

« Il y a une vraie exigence d’information » des fonctionnaires, fait remarquer le président de la MFP Serge Brichet.

« Il y a eu une période de flottement avec l’été », reconnaît-on au ministère de la Fonction publique.

Un groupe de travail associant les syndicats et l’administration a entre-temps eu lieu sur le sujet mi-octobre, ajoute-t-on de même source.

L’occasion pour les participants de s’accorder sur la publication d’ici la fin 2022 de deux guides sur la santé au travail, respectivement à destination des agents et des employeurs.

Un deuxième groupe de travail dédié doit se tenir le 10 novembre 2022 et le ministère compte inclure la santé au travail dans le chantier sur les carrières des fonctionnaires qu’il lancera début 2023.

« La trajectoire est bonne, mais il faut continuer la mobilisation », conclut Éric Poulliat.

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