Contractualisation dans la fonction publique : une mutation structurelle à piloter ?

Publié aujourd'hui à 13h20 - par

Dans la fonction publique territoriale (FPT), plus d’un agent sur quatre est désormais contractuel (26 %). Cette dynamique interroge le modèle traditionnel de l’emploi public. Assistons-nous à une mutation structurelle ? Si la contractualisation apporte souplesse et réactivité, impose-t-elle également une exigence accrue en matière de sécurisation juridique, de fidélisation des talents et de cohérence managériale ?

Contractualisation dans la fonction publique : une mutation structurelle à piloter ?
© Par Anan - stock.adobe.com

L’emploi public connaît une transformation silencieuse mais profonde. Fin 2024, la fonction publique emploie 5,9 millions d’agents, soit une progression globale de + 0,6 % sur un an. Cette hausse, plus modérée qu’en 2023, masque toutefois une évolution déterminante : la croissance des effectifs repose essentiellement sur l’augmentation du nombre de contractuels* ( 2,6 % en 2024, après + 4,9 % en 2023), tandis que le nombre de fonctionnaires demeure quasi stable (- 0,1 %).

Une contractualisation qui traduit une transformation durable du modèle d’emploi public

La progression des contractuels ne relève plus d’un simple ajustement conjoncturel. En 2024, ils représentent 24 % de l’ensemble des agents publics, soit 0,7 point de plus qu’en 2023 et 7,6 points de plus qu’il y a dix ans. Dans la FPT, la légère hausse globale des effectifs (+ 0,3 %) est intégralement portée par les contractuels (+ 2,6 %), tandis que le nombre de fonctionnaires continue de diminuer (- 0,3 %). Cette évolution marque un rééquilibrage profond entre statut et contrat.

Plusieurs facteurs expliquent cette tendance. Les tensions de recrutement dans de nombreux métiers territoriaux – ingénierie, numérique, action sociale, encadrement intermédiaire – incitent les employeurs à privilégier des procédures plus rapides et adaptées aux réalités du marché du travail. Par ailleurs, la transformation des politiques publiques, la gestion de projets complexes et la nécessité de compétences spécialisées, parfois temporaires, rendent le recours au contrat particulièrement pertinent.

Le contexte démographique accentue encore cette dynamique. En 2024, près de quatre agents publics sur dix ont 50 ans ou plus. Les départs progressifs à la retraite, combinés à une baisse des entrées et à une augmentation des sorties (499 400 en 2024), créent une pression forte sur la continuité du service public. Les contractuels représentent désormais 74 % des entrées dans la fonction publique. La contractualisation devient ainsi un levier central d’ajustement et de renouvellement des effectifs.

Souplesse organisationnelle et responsabilité stratégique accrue des DRH territoriaux

La contractualisation offre aux collectivités territoriales des marges de manœuvre réelles. Elle permet d’adapter finement les profils aux besoins opérationnels, d’attirer des compétences issues du secteur privé et d’accompagner des projets structurants avec davantage d’agilité. Dans un environnement budgétaire contraint et exigeant en termes de performance publique, le contrat constitue un outil stratégique de gestion des ressources humaines. Cependant, cette souplesse s’accompagne d’exigences renforcées. Le recours aux contractuels doit être strictement encadré par le Code général de la fonction publique : respect des motifs légaux de recrutement, maîtrise des durées et renouvellements, conditions d’accès au CDI, procédures de rupture, garantie du principe d’égal accès aux emplois publics. Une insécurité juridique sur ces points expose la collectivité à des contentieux liés aux requalifications, aux ruptures anticipées ou aux inégalités de traitement.

Au-delà du cadre juridique, l’enjeu est également managérial et organisationnel. La coexistence de titulaires, de contractuels en CDD ou en CDI et d’agents en mobilité impose une doctrine RH claire et partagée. L’accès à la formation, les modalités d’évaluation, les perspectives d’évolution et la reconnaissance professionnelle doivent être pensés de manière cohérente pour éviter la fragmentation des collectifs de travail. Les flux élevés constatés en 2024 – 528 800 entrées et 499 400 sorties – rappellent que la fidélisation devient un enjeu stratégique. La gestion des contractuels ne peut se limiter à une approche administrative ; elle doit s’inscrire pleinement dans la stratégie RH globale.

La montée en puissance des contractuels dans la fonction publique, et en particulier dans la FPT, s’inscrit dans une mutation structurelle du modèle d’emploi public. Sous l’effet conjugué des tensions de recrutement, de l’évolution des compétences attendues et du vieillissement des effectifs, la contractualisation s’impose comme un levier incontournable de continuité et d’adaptation du service public.

* Source : Le recrutement de contractuels soutient de nouveau la hausse de l’emploi dans la fonction publique, Insee Première, février 2026


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