Quelles sont les conséquences de la signature d’un marché par un agent incompétent ?

Exécution des marchés

La personne physique qui engage comptablement et juridiquement sa collectivité doit avoir compétence pour le faire.

Mais en cas d’incompétence de l’agent ayant signé le marché, l’entreprise est-elle en droit d’obtenir une indemnité suite à la résiliation du contrat ? La réponse est positive même si le juge peut limiter le montant de l’indemnité au cas où celle-ci présente un caractère manifestement excessif au regard de la valeur des prestations exécutées.

Une incompétence ne conduit pas nécessairement à écarter l’application du contrat

En l’espèce, un gestionnaire comptable d’un lycée, sans disposer d’une délégation de signature, avait signé un marché portant sur la location d’un photocopieur. Suite à la résiliation du marché par la collectivité, l’entreprise réclamait l’application des clauses du contrat relatif à l’indemnisation due en cas de rupture anticipée du contrat. Selon le juge administratif, la seule circonstance que l’agent public n’était pas compétent pour signer le contrat en l’absence de délégation de signature ne peut être regardée comme un vice d’une particulière gravité de nature à conduire à écarter l’application du contrat.

En effet, l’agent pouvait apparaître à la société comme qualifié pour signer la convention en cause. En outre, le signataire public a donné son consentement dans des conditions qui ne sont pas de nature à conférer un caractère d’une particulière gravité à ce vice. En conséquence, le pouvoir adjudicateur « qui ne démontre pas avoir été victime de manœuvres de nature à rendre son erreur indépendante de sa volonté, ne peut soutenir qu’il n’a pas donné son consentement au contrat et que celui-ci doit être écarté pour régler le litige ».

Une indemnisation qui peut être limitée par le juge

La société requérante réclamait, en application des clauses du contrat, une indemnité de résiliation égale à tous les loyers restant à échoir jusqu’au terme initial du contrat majorée de 10 % ainsi que, le cas échéant, des loyers échus impayés et des intérêts de retard.

Cependant, selon la Cour, l’application des pénalités prévues par les clauses contractuelles présente un caractère manifestement excessif. Le juge administratif peut en effet modérer ou augmenter les pénalités résultant d’un contrat, par application des principes dont s’inspire l’article 1152 du Code civil, si ces pénalités atteignent un montant manifestement excessif ou dérisoire eu égard au montant du marché. Au nom de ce principe, il limite l’indemnité de résiliation qui présente un caractère manifestement excessif eu égard à la valeur du bien objet du contrat.

Dominique Niay

 

Texte de référence : CAA de Nancy, 1ere chambre – formation à 3, 8 juin 2017, n° 16NC02112, Inédit au recueil Lebon

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